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n° 37

  23 octobre 2004

 

LIBERATION DES OTAGES :

Le handicap israélien de l’équipe Julia

 

par Gilles Munier

 

En quelques jours, l’expédition montée par Didier Julia, Philippe Brett, Mustapha Aziz, Philippe Evano et Pierre Girard-Hautbout pour libérer Georges M●albrunot, Christian Chesnot et Mohammed Al-Joundi - leur chauffeur syrien - s’est transformée en tragi-comédie mettant en cause le Quai d’Orsay et l’Elysée. On a traité les « libérateurs d’otages», de « pieds nickelés », d’irresponsables et, plus grave pour certains d’entre- eux: d’espions israéliens… Qu’en est-il vraiment ?

 

Didier Julia et ses équipiers n’auraient jamais dû lancer l’opération sans être sûrs de leurs contacts sur le terrain. Un an et demi après l’agression américaine, il fallait qu’ils vérifient si les Irakiens sur lesquels ils s’appuyaient étaient bien ce qu’ils prétendaient être. Ils auraient dû également coordonner leurs démarches avec celles des autorités françaises – notamment avec les « spécialistes du renseignement » en place à Bagdad - et ne médiatiser les négociations sous aucun prétexte. Une tentative qui tourne mal n’a de chance d’être relancée que si on tient sa langue et s’habille couleur de muraille.

 

Otages en danger

A partir du moment où Mustapha Aziz, Philippe Brett et Philippe Evano, trois des principaux protagonistes de cette affaire, ne s’entendaient plus sur la marche à suivre et où le premier accusait les deux autres d’être des « agents du Mossad », il fallait annuler l’opération. Quand on est engagé dans une action aussi délicate, ce genre de dénonciation peut avoir de graves répercussions. Continuer dans ces conditions, c’était mettre la vie des intermédiaires et des otages en danger de mort.  

                                                                                                                                                               Suite ®

 

Sommaire du n°37

Libération des otages : Le handicap israélien de Didier Julia Virus, provocations et menace de mort  « M. Blair, vous avez du sang sur les mains » par Xavière Jardez Communiqué du Haut Commandement de la Résistance et des Forces de Libération Revue de presse : Cueillez ce que vous avez semé, par Nick Welsh (The Santa Barbara Independent - 7/10/04) /Qui a enlevé Simona Toretta ? par Noami Klein et Jeremy Scahill (The Guardian, 15/9/04)/Les rebelles étendent le réseau de la résistance/Afghanisation de l’Irak/Procès du Président Saddam Hussein et de ses compagnons La révolte en Palestine, par Gabriel Péri (L’Humanité, 26 mai 1936).

Contre toute logique, le 28 septembre, Philippe Brett choisit d’éliminer son Mustaphe Aziz en se présentant sur la chaîne de télévision Al-Arabiya comme un « émissaire » quasi officiel. Le contrecoup était prévisible et inévitable : la presse mit à jour les « contradictions » et les  « invraisemblances » entourant l’initiative et finit par se livrer à un véritable lynchage médiatique de Didier Julia. Quand on improvise de façon extravagante, il ne faut pas s’étonner d’être traîné dans la boue ou de servir de « bouc émissaire ».

 

Le joker israélien

En Irak, l’accusation « agent d’Israël » ne doit pas être prise à la légère, a fortiori quand elle repose sur des rumeurs qui circulaient à Bagdad depuis des années dans les milieux du contre-espionnage irakien. Brett et Girard-Hautbout, fondateurs de l’OFDIC (Office Français pour le Développement de l’Industrie et de la Culture) ne sont pas sans savoir que leur association avait fait l’objet d’une enquête des moukhabarat à ce sujet, et que leur relation « spéciale » avec le Comité Olympique dirigé par Oudaï Saddam Hussein – fils aîné du Président irakien -  ne les protège plus des coups bas.

 

L’origine de ces bruits remonte à la visite effectuée en Irak en septembre 1994 par le Général Jeannou Lacaze, ancien n°2 du SDECE (ancienne dénomination de la DGSE) élu député européen et président de l’Union des Indépendants (UDI), une scission du CNI (Centre National des Indépendants), petit parti situé à l’extrême droite de la Majorité. A l’époque, Ahmed Chaker, président de l’ADRAF (Association pour le Développement des Relations Arabo-Françaises), croyait encore possible de dédiaboliser Saddam Hussein. Il pensait qu’un ancien chef d’Etat-major des présidents Giscard d’Estaing et François Mitterrand, ayant soutenu la guerre du Golfe, photographié serrant la main au président irakien y contribuerait, donnant à l’opinion publique l’impression qu’une page était tournée.

 

Chaker ne se doutait peut-être pas que Jeannou Lacaze, dit « le Sphinx », était connu des SR irakiens pour ses amitiés israéliennes. Les moukhabarat avaient noté qu’Itzhak Shamir était présent à sa descente d’avion sur l’aéroport de Tel Aviv, en novembre 1990 en pleine crise du Golfe, et savaient que les deux hommes s’appréciaient depuis l’époque où le futur Premier ministre israélien représentait le Mossad à Paris. Les compte-rendus de ses entretiens, parus dans les médias israéliens, ne laissaient aucun doute sur l’opinion négative que le général avait du « dictateur irakien ».

 

Missions « politico-commerciales »

Jeannou Lacaze rencontra Saddam Hussein, mais les effets et ce « coup médiatique » furent de courte durée. Aujourd’hui encore, Ahmed Chaker s’en mord les doigts. Tout ce que le général avait retenu de la visite, c’était que le Président irakien était prêt à favoriser les entreprises françaises invitées à participer à la reconstruction du pays. En mai 1995, Chaker apprit que Lacaze avait créé – sans l’y associer -  un « Conseil du Commerce et de l’Industrie France-Irak » (CCIFI). Pour les services secrets irakiens, qui ne croyaient pas au retournement du général, c’était une couverture du Mossad pour espionner leur pays. S’ensuivront plusieurs missions « politico- commerciales » françaises en Irak, plus ou moins réussies et très surveillées. Signe que la confiance n’était pas totale : le bureau de représentation du CCFI inauguré dans le quartier Mansour à Bagdad en avril 1996, n’eut jamais d’activité.

 

Lassés, paraît-il, par le mauvais caractère du général, deux de ses collaborateurs les plus actifs : William Le Bras, son ancien chef de Cabinet devenu président du CCIFI et Pierre Girard-Hautbout créèrent l’association Présence Française. Philippe Brett les y rejoindra. Les missions « politico- commerciales » se succédèrent, traînant toujours derrière elles les mêmes soupçons gênants d’espionnage.

 

Début 2000, Girard-Hautbout et Brett se séparèrent de William Le Bras pour fonder l’OFDIC. La nouvelle association se rapprocha du Comité olympique irakien, avec lequel elle entretint des relations en dents de scie. Ses plus beaux coups furent ses tentatives réussies pour briser l’embargo aérien, et le voyage controversé des députés Thierry Mariani, Eric Diard et Didier Julia à la veille de l’agression américaine de mars 2003. A chaque opération, à tort ou à raison, le contre-espionnage s’interrogeait sur la qualité des participants, notaient qui ils rencontraient, où ils allaient. Aucun problème ne s’est jamais posé, mais si cela avait été le cas, personne n’aurait osé en informer Oudaï Saddam Hussein…

 

Aujourd’hui, les archives des SR irakiens sont détruites, les résultats des enquêtes ne seront jamais connus. Mais qu’importe : ragots ou non, il en reste des traces dans la mémoire de ceux qui les ont menées ou qui ont été approchés à leur sujet. L’accusation portée par Mustapha Aziz à l’encontre de Philippe Brett a réveillé ces suspicions au plus mauvais moment, tout comme les informations parues dans les médias selon lesquelles Didier Julia est un ami de Shimon Péres et a aidé le commando du Mossad qui s’est emparé des « vedettes de Cherbourg » en 1969.

 

L’homme d’Abidjan

Pour qui roule Mustapha Aziz ? Question sans réponse. Après avoir tenté sa chance avec le Président Mobutu, Jonas Savimbi, et le Président angolais Dos Santos, il s’est recyclé auprès de Moïse Koré, pasteur évangéliste pro-américain, « guide spirituel » de Laurent Gbagbo, Président de Côte d’Ivoire. Il dispose d’un passeport diplomatique ivoirien, et fait partie de la mission ivoirienne à l’Unesco à Paris.

 

On dit que l’« affaire Julia » a commencé quand Aziz a assuré à Philippe Evano -  ancien dirigeant de l’UNI, syndicat universitaire très marqué à droite - que son ami le Cheikh Mondher Al-Karbit, de la tribu irakienne Doulaimi, se faisait fort de libérer les journalistes français. Tout « spécialiste » de l’Irak se serait demandé si Al-Karbit ne présumait pas de son influence et, plus tard, si le « Haut Conseil des forces nationales contre l’occupation », créé par le chef de tribu Majeed Jao’d le 15 septembre dernier à Beyrouth, pouvait vraiment convaincre l’« Armée islamique en Irak », ou l’organisation patriotique qui les « accueillerait » actuellement, de les laisser partir. Ceux qui connaissent la résistance irakienne en doutent.

 

Autre question sans réponse : pourquoi Mustapha Aziz a-t-il brusquement décidé de se séparer de ses partenaires ? Dire, comme l’a fait Evano à Libération (6/10/04), qu’il est  « devenu fou » en traitant Brett et lui d’« agents du Mossad », n’est pas convaincant ? Tout ce qu’on peut dire rétrospectivement, c’est qu’Aziz est mal placé pour les accuser de relations avec Israël : il a été recommandé par Serge Cwajenbaum, secrétaire général du Congrès Juif Européen, à Charles Lambroschini, journaliste au Figaro (4/9/04, comme détenant « la bonne clé » pour ouvrir la prison des otages), et il participe – selon Jeune Afrique- L’Intelligent (10/10/04) - à l’approvisionnement de la Côte d’Ivoire en armes israéliennes !

 

Victime collatérale de cette opération ratée : Laurent Gbagbo qui, en mettant un jet présidentiel à la disposition de l’équipe Julia, espérait redevenir fréquentable en France et faire oublier l’assassinat de Jean Hélène, journaliste à RFI. Selon le quotidien ivoirien Le Patriote (5/10/04), il a provoqué la colère des militaires qui lui sont fidèles. L’opération aurait coûté 700 millions de francs CFA (1 million d’€) au Trésor public ivoirien - sans compter le coût de stationnement de l’appareil sur les aéroports du Bourget, de Damas et d’Amman, le kérosène et les frais d’équipage – prélevés sur un fonds réservé au versement de primes aux militaires combattant la « rébellion » nordiste.

 

La suite des événements en Irak et – espérons le - la libération prochaine des otages, apporteront des éclaircissements sur les zones d’ombre qui entourent leur enlèvement et plus particulièrement sur  l’implication vraisemblable d’Israël dans l’échec – programmé ou non - de l’opération Julia. Curieux tout de même que le seul média ayant avalisé l’accusation portée par Philippe Evano contre l’US Air Force d’avoir bombardé le convoi qui aurait transporté les journalistes vers la frontière syrienne est, comme par hasard, Debkafile, un site Internet connu pour être proche du Mossad..

 

(21/10/04)                                                                                                                   G.M

 

 

VIRUS, PROVOCATIONS ET MENACE DE MORT

La sortie de ce numéro d’AFI – Flash n°37 a été retardée par une panne d’ordinateur occasionnée par la réception d’un virus particulièrement efficace. Malgré les barrages de sécurité – anti virus, pare feu, spyware – notre disque dur a été atteint. Inutile de dire que ce « missile » n’était pas répertorié.

 

Nous avons également constaté depuis quelques mois plusieurs tentatives effectuées par des pirates pour pénétrer la mémoire de notre ordinateur, parfois avec succès. Notre fichier d’adresses a sans doute été consulté et certains lecteurs reçoivent peut-être en notre nom des messages pirates. Nous recevons également, quotidiennement, des «cookies espions » qui sont éliminés systématiquement, mais qui ont sans doute le temps de renseigner partiellement ceux qui les sèment sur nos activités. Ainsi va le progrès dans l’informatique !

 

Autre forme de nuisance : la parution sur un site Internet de l’extrême droite française d’articles pillés dans AFI-Flash. Depuis l’affaire « SOS Racaille », on sait qu’une alliance s’est nouée sur le Web entre une frange de l’extrême droite dite « radicale » et les milieux pro-israéliens les plus fanatiques, notamment la Ligue de Défense Juive (LDJ). Leur objectif est simple : discréditer la résistance palestinienne ou irakienne en mêlant les noms de ceux qui la soutiennent à des articles d’inspiration néo-nazie, tenter de pourrir le mouvement de solidarité en inquiétant ceux qui voudraient le rejoindre. Nous en reparlerons dans un prochain bulletin.

 

C’est dans cette mouvance que militait le « déséquilibré » qui tenta d’assassiner le Président Jacques Chirac le 14 juillet 2002. C’est également dans cette mouvance qu’évoluait l’individu qui nous a adressé une menace de mort un an plus tard : une balle de 22 LR insérée dans un carton portant le message : « La prochaine n’arrivera pas par la poste ». L’homme qui avait menacé de la même façon une quinzaine de personnalités parmi lesquelles José Bové, Lucien Bitterlin, Isabelle Coutant Peyre, Eyal Sivan, Alain Lipietz… a finalement été arrêté en février dernier. Il a été mis en examen… mais laissé en liberté bien que possédant un véritable arsenal caché dans une chambre forte découverte dans sa cave : armes détenues illégalement, munitions en tous genres, réducteur de son, lunette de visée laser.

                                                                                                                   Gilles Munier (16/10/04)

 

 

Billet d’humeur

 

« M. BLAIR, VOUS AVEZ DU SANG SUR LES MAINS »

                                                                                                           par Xavière Jardez

 

Comme elle était admirable l’intransigeance de  M. Blair devant vos supplications d’otage en Irak, lui demandant d’intervenir pour votre libération, devant la douleur de votre femme, de votre mère ! « Nous ne cèderons pas au chantage, nous ne négocierons pas » a-t-il dit avec fermeté. Quel courage admirable, courage qui caractérise les lâches, ceux  qui, confortablement installés, n’ont rien à perdre, surtout pas la vie,  parce qu’ils ne sont pas personnellement concernés.

 

Contre quoi les preneurs d’otages voulaient-ils vous échanger?  Contre le départ des troupes britanniques d’Irak ? Même pas. Contre la libération des femmes des prisons irakiennes sous contrôle américain où elles sont détenues en dehors de tout cadre juridique, violées parfois maltraitées sûrement. Les « terroristes » auraient pu demander aussi la libération des 153  enfants, de moins 15 ans emprisonnés au gré des rafles américaines.

 

Pauvre M. Bigley ! Qu’étiez-vous allé faire dans cette galère irakienne où tout homme sensé se garderait de se rendre à moins d’y avoir un intérêt  ou d’y  promouvoir d’autres intérêts ? Lesquels ? Vous avez été sacrifié sur l’autel du destin historique que veut se donner Tony Blair pour avoir apporté la démocratie en Irak. Vous avez été sacrifié sur le tapis de mensonges de Tony Blair et consorts, comme l’avait déjà été avant vous le professeur David Kerry qui avait osé dénoncer publiquement les exagérations du gouvernement britannique sur l’imminence de la menace militaire irakienne.

 

Mais Blair est, en tous points, le fervent émule de Margaret Thatcher. Souvenez-vous. Un destin  similaire, tragique, lui, parce qu’il avait été vécu  pleinement, intensément, frappait, le 5 mai 1981, Bobby Sands, militant irlandais, âgé de 27 ans. A la suite d’une grève de la faim qui avait duré 66 jours, Bobby Sands mourrait, Margaret Thatcher ayant refusé de faire droit aux revendications  du leader républicain irlandais, malgré son élection, en prison, au Parlement britannique le 9 avril 1981. Sa mort était suivie de celle de neuf de ses compagnons qui l’avaient accompagné dans cette deuxième grève de la faim qui devait se terminer après 217 jours au total.

 

Que demandait Bobby Sand, M. Bigley, qui ne pouvait briser l’intransigeance bornée de la « dame de fer » ? La décriminalisation de la cause irlandaise par le rétablissement du statut de prisonnier politique aux détenus irlandais. Le vocable de terroriste n’était pas jeté en pâture à l’opinion publique d’alors. Les militants irlandais, aux yeux du gouvernement Thatcher, ne formaient qu’une association de malfaiteurs comme on en entretenait le mythe.

 

Sans pitié, Margaret Thatcher le fut à nouveau dans l’affaire Bazoft, ce journaliste iranien pendu en Irak, le 15 mars 1990, pour espionnage au profit de la Grande Bretagne, en contrepartie d’une carte de séjour et de quelques pennies. Farzad Bazoft devait enquêter sur la nature de l’explosion dans une usine qui avait secoué  la région d’al Hilla en septembre 1989 et en rapporter des échantillons de sol. Thatcher refusa toute négociation avec Saddam Hussein- nous étions en 1990 et Saddam était déjà condamné à commettre des erreurs. Bazoft fut exécuté.

 

M. Bigley, vous n’avez pu compter sur la compassion des vôtres. Nous avions espéré que vous pourriez compter sur celle de ceux qui combattent pour que les Irakiens ne soient plus les otages des Américains et de leurs alliés, les victimes innocentes de leurs bombardements indiscriminés, pour que cessent les conséquences logiques d’une guerre d’agression et l’occupation illégales dont votre premier ministre a été le plus fervent architecte? Il n’en a  pas été en raison de la nature obtuse de M. Blair, comme vous aviez fini par vous en convaincre. Pourquoi alors n’avez-vous pas demandé dans votre supplique à Tony Blair, seul responsable de votre enlèvement et de votre sort, de se substituer à vous en qualité d’otage ? La prise eut valu son pesant d’or ou de sang !

 

BREVES

Torture -Selon le quotidien bagdadi Al-Bayyna (4/10/04), hebdomadaire du Mouvement Hezbollah en Irak, deux étages du ministère irakien de l’Intérieur sont transformés en lieux de détention et de torture.

 

Bombe atomique irakienne - L’AEIA vient de s’apercevoir que des installations nucléaires irakiennes s’étaient volatilisées, notamment du matériel et des substances pouvant servir à fabriquer des armes atomiques, et ceci après la chute de Bagdad. Selon des diplomates, il ne s’agit pas de pillages fortuits. Les voleurs disposaient d’engins spéciaux et savaient ce qu’ils faisaient. Ni le « gouvernement » irakien, ne les responsables américains ne seraient aperçus de rien. (L’Orient-Le Jour, 16/10/04)

Communiqué

du Haut Commandement de la Résistance

et des Forces de Libération

21 septembre 2004

 

Evidement, vous n’avez pas lu ce communiqué dans les médias occidentaux, mais au cours de la période du 5 au 11 septembre 2004, vous devez savoir que le Haut Commandement de la Résistance à publié treize communiqués militaires sur les résultats des affrontements et des opérations menées contre les forces d’occupation américaines. Ces communiqués exposaient ses positions et son point de vue sur les évènements qui se sont déroulés au cours de cette période, à savoir:

 

1.      les régimes arabes et la Ligue arabe ont parfaitement conscients  - ils déclarent eux-mêmes qu’ils vont traiter avec les forces influentes en Irak dans l’ombre de l’occupation – que, sur la scène irakienne, il n’y a que deux pouvoirs en conflit : l’Armée irakienne de résistance, vrai représentant du peuple irakien, d’un côté, et de l’autre les forces d’occupation avec leurs satellites arrivés dans les tanks de l’occupation ainsi que leurs agents et les institutions établies par l’occupation. Par ailleurs, les régimes arabes et la Ligue arabe savent très bien que la résistance est aujourd’hui, la force dominante en Irak, et que cela a été reconnu par les forces d’occupation  et leurs satellites. Ont-ils ainsi respecté leur déclaration  et permis à la résistance de faire connaître aux masses arabes et au monde entier sa force de volonté et ouvert la voie pour qu’elle se fasse entendre afin qu’ils puissent être en accord avec leur désir d’aider et de conduire le peuple irakien à sa libération ?

 

2.      L’Iran et les pays voisins ne doivent pas poursuivre dans les erreurs commises en soutenant ou en restant  neutres face à l’invasion et à l’occupation de l’Irak. Ils ont compris aujourd’hui que la résistance armée de l’Irak est la seule force  qui puisse garantir leur  régimes, comme cela l’était avant l’invasion de l’Irak. Aussi, devraient-ils se tenir aux côtés de la résistance pour libérer le pays et en chasser l’ennemi s’ils veulent sincèrement œuvrer à la libération de l’Irak. Traiter ou négocier avec le gouvernement formé par l’occupation  dont les membres sont des agents au service de la CIA et des services de renseignements britanniques n’est de toute évidence pas la solution. Il est indiscutable à présent que confier l’Irak à des forces d’occupation est le signe de la fin prochaine de ces régimes arabes car ils devraient savoir que la convoitise américano-sioniste ne connaît aucune limite.

 

3.      Ce que l’Irak vit aujourd’hui, c’est un djihad de Zakho à Al Fao, de Aristan à Alq’en et le rassemblement des masses autour des tendances de la résistance auxquelles elles  offrent leur soutien et leur encouragement et leurs efforts pour continuer et escalader la lutte contre l’ennemi de sorte que les opérations  se montent à plus de 100 par jour, non compris les affrontements contre les forces d’occupation qui cherchent à réoccuper les villes libérées par les forces de la résistance. Existent ainsi l’espoir de la victoire, de l’expulsion des forces d’occupation et du retour, dès que possible, de l’intégrité et l’indépendance de l’Irak, libre de tout traître et  mercenaire.

 

4.      Les derniers évènements en Irak ont prouvé que les prétendus Conseil Suprême de la Révolution islamique et le parti Da’wa représentent tous deux, en plus des partis de Talabani et de Barzani, la base pour les forces d’occupation en Irak, notamment dans le sud de l’Irak où les milices de ces quatre partis ont activement participé avec les forces d’occupation aux affrontements contre les peuples de Nadjaf, Falloujah, Kerbala, Tikrit, Mossoul, Baqouba, Bagdad, etc… Il en va de même de 90% des forces de la prétendue force nationale irakienne ou de l’armée irakienne et des forces de sécurité. Ces forces de la collaboration ont été un tremplin pour l’occupation et ses plans diaboliques et ses complots.

 

 

 

SITE DES AMITIES FRANCO-IRAKIENNES :

 http://iraqtual.com

 

REVUE DE PRESSE

 

CUEILLEZ CE QUE VOUS AVEZ SEME

Nick Welsh,

The Santa Barbara Independent, 7/10/04

 

En claire, les troupes américaines sont dans un bourbier en Irak, la région est plus instable que jamais et une guerre civile se pointe à l’horizon.  La question à 200  milliards de dollars est la suivante : que diable pouvons-nous faire maintenant ? Je l’ai posée à un certain nombre de personnes   au cœur de la question, d’abord à Mark Juegenmeyer, professeur d’Etudes Globales et Internationales à l’Université de Santa Barabara qui a effectué un récent voyage à Bagdad.

 

NW : Qu’avez-vous vu sur le terrain ? L’Irak se dirige-t-il vers une guerre civile ?

La  probabilité d’une guerre civile existe. J’étais partisan de donner au gouvernement Allaoui une chance, de voir s’il pouvait rassembler les forces montantes depuis avril 2003. ….Le problème est que le gouvernement d’Allaoui est faible, faible en tous points. Faible économiquement car il ne contrôle pas les fonds de développement qui passent toujours par les canaux américains. Faible en termes de sécurité. Il a été incapable de créer une quelconque force nationale de sécurité qui soit crédible….Et le problème est qu’en l’absence de tout cela, les troupes américaines circulent dans les rues semant la panique parmi la population.

 

NW : Les troupes américaines ne sont pas  bien vues. Y a-t-il eu un changement ?

Prenons Falloujah par exemple qui est classée comme le pire des pires… Falluja est la ceinture coranique. Très religieuse, très sunnite. Au début, ils étaient contents d’être débarrassés de Saddam ; cependant, ils adoptèrent une attitude d’attente vis-à-vis des Américains.  Il n’y a pas eu de pillage à Falloujah.  Le clergé tenait bien la ville. Deux semaines après la chute du régime, les troupes aéroportées de la 82ème vinrent pour y établir une place forte, pourtant ils savaient que c’était un haut lieu d’activités anti-américaines…..Ils s’installèrent dans une école aux abords de Fallouja et renvoyèrent les enfants chez eux. …(les Falloujiens) manifestèrent dans les rues contre l’occupation de l’école (AFI souligne). La 82ème se dit, mon dieu, ils nous prennent d’assaut, il faut nous défendre et les soldats commencèrent à tirer. Il y eut douze morts. ..Cela confirmait toutes les peurs que les Falloujiens pouvaient avoir à propos des Américains. Et les choses sont allées de mal en pire.

 

NW : Vous dites qu’une guerre civile est possible. Pourquoi ?

Parce que le gouvernement d’Allaoui est soutenu par les Etats-Unis. Si cela s’écroule et que les Etats-Unis s’en vont, je pense que  l’éventualité d’une guerre civile diminuera, en fonction de  l’évolution du processus électoral. Si, par exemple, les élections se tiennent en janvier et que les partis chiites dominent, ce qui devrait arriver. Cette nouvelle entité a deux tâches : gouverner et établir une nouvelle constitution. Disons qu’elle en rédige une d’obédience islamique et raisonnablement autocratique tout en gardant les mécanismes démocratiques….Ce (nouveau) gouvernement négocie avec les Etats-Unis pour un départ rapide.

 

NW : C’est un succès.

D’accord, mais les Américains vont-ils l’accepter ? Vous allez avoir quelque chose qui ressemble au mieux à l’Egypte, au pire à l’Arabie Saoudite et qui est anti- Américain… L’Amérique va-t-elle se battre  pour soutenir Allaoui ? Sachant qu’il va perdre,  Allaoui annulera-t-il les élections. Alors, il y aura une guerre civile contre le gouvernement séculaire et la présence US. La logique populaire veut que, si nous restons, nous précipiterons un bain de sang…

 

NW : Quelle est la réaction des Irakiens aux décapitations ?

Ils nous en rendent responsables. Ils considèrent que la détérioration de la sécurité en général est un problème créé par les Américains. Les décapitations sont tragiques et malheureuses.  La plupart des Irakiens sont écoeurés comme nous. Mais, pour eux, vous récoltez ce que vous avez semé. Si cela ne vous plaît pas, partez. Vous ne devriez ne pas  être là, déjà.

 

Ils sont, à juste titre, bouleversés que tant d’Irakiens soient tués. Je veux dire que la grande majorité des gens tués par les attentats sont des Irakiens, non des Américains.

 

NW : Si nous envoyons 100 000 soldats de plus  pour renforcer la sécurité, cela améliorera-t-il la situation ?

Les choses seront pires. C’est la présence des Américains qui est incendiaire….Avec la levée de l’embargo, les  produits de consommation ont envahi Bagdad…

 

 

NW : Donc la  plupart des Irakiens pensent qu’ils sont mieux que sous Saddam ?

De plus en plus  de gens pensent que leur situation est pire que sous Saddam en raison de l’absence de sécurité (souligné par NW).

 

NW : Nous avons saccagé ce  pays. Quelles ont été  les erreurs les plus graves ?

Des erreurs colossales. La  première a été de ne pas avoir utilisé l’armée, la seconde, le parti Baas qui a privé le pays d’administrateurs sachant gérer le pays. L’incompétence règne partout. La troisième, de se reposer sur des étrangers pour développer l’économie, ce qui a amené les Irakiens à penser : « Qui sommes-nous ? Comment se fait-il que l’on ne nous appelle pas ? » Les Irakiens se sont  sentis exclus de leur propre reconstruction.

 

NW : Avez-vous pu vous rendre compte de l’influence de la religion sur la résistance irakienne ?

 Ce qu’il faut dire de prime abord, c’est qu’il ne s’agit pas d’un petit groupe d’hommes. L’idée que les insurgés ne sont que quelques mauvais garçons- quelques hommes dévoués à Saddam et quelques étrangers, à la source de tous les problèmes- est une fiction. C’est un phantasme….Il s’agit d’un soulèvement général, une résistance contre ce qui est perçu comme une occupation par une puissance étrangère. Et l’Irak  regorge de théories sur une conspiration pour expliquer notre présence en Irak … Selon l’une d’elles, ce qu’ils (les Américains) cherchaient était de contrôler l’Irak pour qu’il n’y ait pas de révolution islamique en Irak. C’est pourquoi, la résistance acquiert de la force… Personne ne pense que les Américains y sont pour des raisons humanitaires, pour libérer l’Irak …

 

J’ai demandé (à des religieux sunnites) qui ils désiraient voir en poste à Washington, Bush ou Kerry. Bush, m’ont-ils dit. Ils veulent le détruire. Ils le haient tant que l’impossibilité de le jeter dehors leur ôterait tout sentiment de satisfaction…

 

Traduction : Xavière Jardez

 

BREVES

Connivence Israël/Allaoui : Un Israélien, George Ben Bachi, âgé de 36 ans, a été libéré de la prison d’Abu Ghraib, après 4 mois de détention le jour même, le 13 septembre, où un membre important du Conseil National Irakien proche d’Ahmed Chalabi, Mithal Al-Alousi, participait en Israël à la conférence annuelle sur le contre-terrorisme organisée par des groupes d’influence israéliens d’extrême-droite. Arrêté, par erreur, par les troupes US à la frontière irako-jordanienne, Ben Bachi était en fait un agent du Mossad, opérant clandestinement en Irak et ayant séjourné en Allemagne et Grande Bretagne. (Maariv, 22 septembre 2004)

 

Nouvel ambassadeur d’Irak  en France - Son nom : Mouwafak Aboud Mahdi. Il a exercé divers postes à des niveaux subalternes à Berne et Stockholm et a fait défection en Autriche début 1991. Installé aux Etats-Unis jusqu’à l’agression américaine, on le dit « anti-français ». 

 

Iyad Allaoui à Bruxelles le 5 novembre ? - L'Union européenne qui a promis 305 millions d'euros en aide humanitaire et à la reconstruction de l’Irak (pour 2004),  a invité le « Premier ministre » irakien à son prochain sommet pour parler du rôle de l'Europe dans la reconstruction de son pays.  (L’Orient – Le Jour 1/9/04)

 

« Qui est Iyad Allaoui ? » – Avant l’arrivée du « Premier ministre » irakien à Bruxelles, début novembre, tous les députés européens disposant d’une adresse courriel recevront l’article paru dans le bulletin AFI-Flash n° 34 du 21/7/04 : « Iyad Allaoui, marionette au-dessus de tout soupçon ». Pour l’occasion l’article sera également adressé aux parlementaires en version anglaise.

 

Reconstruction ou pillage ?18 milliards de dollars devaient être consacrés à la reconstruction de l’Irak, en 2003, notamment pour les travaux d’infrastructure de l’industrie pétrolière, d’électricité, du réseau des égouts et pour dynamiser l’économie irakienne. Seul 1milliard 400 millions dont 16 millions pour l’eau, 2 millions pour la santé et 7 millions pour la reconstruction de ponts et routes ont été déboursés. Le nombre d’emplois créés dans un pays où le taux de chômage atteint plus de 50% ne dépasse pas 47 000 sur des projets de l’USAID. Cependant, Bush et Negroponte entendent puiser dans ce budget une somme de 3.5 milliards de dollars pour la formation d’une force additionnelle de police irakienne à leur service afin de contrôler une situation qui leur échappe de plus en plus (700 attaques contre les troupes US en mars contre 2700 en août). (aljazeera, 18 septembre 2004).

 

Mise en accusation de George W. Bush – Les principales interventions au Procès organisé à New York par Ramsey Clark sont sur  http://www.peoplejudgebush.org

 

 Terreur américaine contre résistance irakienne (photos)

http://usaterror.tripod.com/fal111004p2.htm

REVUE DE PRESSE (suite)

 

QUI A ENLEVE SIMONA TORETTA ?

 

Naomi Klein et Jeremy Scahill - The Guardian  15/9/04

 

Jeremy Scahill, activiste de « Democracy Now », est un journaliste free-lance et travaille aux USA pour des stations de radio et de télévision indépendantes. Naomi Klein, écrivain, est l’auteur de « No Logo » et de « Fences and Windows ».

 

Cet enlèvement en Irak porte les marques non équivoques d’une opération couverte par les services secrets.

 

Quand Simona Toretta est revenue en Irak en mars 2003, au beau milieu des bombardements aériens de « Frappe et terrorise », ses amis irakiens lui ont dit en l’accueillant qu’elle était folle. « Ils étaient stupéfaits de me voir. Ils me disaient : pourquoi es-tu venue ici ? Rentre en Italie. Tu es folle ! »

 

Simona Toretta, pourtant, ne revint pas en arrière. Elle resta pendant l’invasion, en continuant la mission humanitaire qu’elle avait commencée en 1996, quand elle était venue en Irak pour la première fois avec son ONG , l’association anti-embargo « Un ponte per Bagdad ». Quand Bagdad tomba, S. Torretta décida à nouveau de rester, cette fois pour apporter eau et médicaments aux Irakiens victimes de l’occupation. De nouveau, quand la résistance irakienne eut commencé à prendre comme cibles les étrangers, et que la plus grande partie des journalistes et des volontaires internationaux s’enfuirent, Simona revint encore. « Je ne peux pas rester en Italie », dit la jeune femme de 29 ans à un documentariste.

 

Aujourd’hui, la vie de Simona Torretta est en danger, avec celle de sa camarade Simona Pari et de leurs collègues irakiens Raad Ali Abdul Azziz et Mahnouz Bassam. Ils ont été capturés il y a huit jours sous la menace des armes dans leur maison-bureau de Bagdad et, depuis lors, on ne sait plus rien d’eux. En l’absence de toute information de la part des ravisseurs, les polémiques politiques font rage autour de l’évènement. Les partisans de la guerre sont en train d’utiliser l’affaire pour décrire les pacifistes comme des ingénus qui soutiennent allègrement la résistance pendant que celle-ci, au contraire, répond à la solidarité internationale par des séquestrations et des décapitations. Et, dans l’intervalle, un nombre croissant de leaders islamistes suggèrent que le raid opéré au siège de l’association Un ponte per Bagdad n’est pas l’œuvre des moudjahiddine mais des services secrets internationaux, dans le but de discréditer la résistance.

 

Rien dans ce rapt ne présente de ressemblance avec le schéma habituel des autres enlèvements. Beaucoup d’entre eux ont été des attaques occasionnelles perpétrées sur les portions de routes les moins sûres. S. Torretta et ses collègues ont été enlevés de sang froid chez elles. Et alors que les moudjahiddines cachent scrupuleusement leur identité, en masquant leur visage avec d’amples écharpes, les auteurs du rapt ont opéré à visage découvert, rasés de près, certains en uniforme. Un assaillant était appelé « sir » par les autres.

 

Les victimes des enlèvements sont presque invariablement des hommes ; ici trois sur quatre sont des femmes. Les témoins racontent que le commando a interrogé tout le staff présent au siège avant d’identifier les deux Simona par leur nom et que Mahnouz Bassam, qui est irakienne, a été traînée en hurlant, par son voile : un outrage aux préceptes religieux déconcertant pour une attaque qui est supposée faite au nom de l’Islam.

 

Très étrange aussi la taille de l’opération : au lieu des trois ou quatre combattants habituels, vingt hommes armés et en plein jour, apparemment insouciants d’être vus. La « zone verte » est constamment patrouillée et pleine de barrages de contrôle ; toute l’opération a été effectuée sans aucune intervention de la police irakienne et des troupes étasuniennes, bien que Newsweek ait révélé qu’un convoi américain était passé à côté du siège de l’ONG italienne 15 minutes environ après l’enlèvement.

 

Les armes : les assaillants étaient armés de AK-47, fusils, pistolets munis de silencieux et armes contondantes. Un déploiement de moyens difficilement utilisé par les moudjahiddines habituellement équipés de simples Kalachnikov. Encore plus bizarre ce détail : les témoins affirment que plusieurs assaillants portaient des uniformes de la Garde Nationale irakienne et se sont présentés comme des hommes de Iyad Allaoui, le premier ministre par intérim. (1)

 

Un porte-parole du gouvernement irakien a ensuite démenti que le cabinet d’Allaoui soit impliqué. Sabah Kadhim, porte-parole du ministère de l’intérieur, a admis que les attaquants portaient des uniformes militaires et des gilets pare-balles. Mais alors s’agit-il d’un enlèvement de la résistance ou d’une opération secrète de la police ? Ou quelque chose de pire : un retour des méthodes du moukhabarat, le service secret de Saddam Hussein, qui éliminait les opposants du régime, dont on ne savait plus rien ? Qui peut avoir conduit une opération si coordonnée et à qui peut profiter une attaque contre cette ONG radicalisée depuis toujours contre la guerre ?

 

Depuis lundi (13 septembre) la presse italienne a commencé à évoquer une possible réponse. Le cheikh Abdul Salam al-Kubais, représentant influent de la principale organisation religieuse sunnite en Irak, a déclaré aux journalistes qu’il avait reçu la visite de Simona Torretta et Simona Pari la veille de l’enlèvement. « Elles étaient apeurées », dit-il, « elles m’ont dit que quelqu’un les menaçait ». Interrogé sur qui était derrière les menaces, al-Kubaisi a répondu : « Nous soupçonnons l’espionnage international » (2)

 

Attribuer les attaques de la résistance irakienne particulièrement impopulaires à des conspirations de la CIA ou du Mossad est classique à Bagdad mais, venant de Kubaisi, les soupçons sur l’enlèvement ont un autre poids : il a, lui, des liens avec de nombreux groupes de la résistance et il a servi de médiateur dans la libération de plusieurs otages. Les déclarations de Kubaisi ont été amplement rapportées par les médias arabes et italiens alors qu’ils sont absents de la presse de langue anglaise (et française ? ndt).

 

Les journalistes occidentaux sont généralement peu enclins à parler d’espions de peur d’être étiquetés comme des théoriciens de la conspiration. Mais en Irak, espionnage et opérations secrètes ne constituent pas une conspiration : ils sont la réalité quotidienne. Selon James L. Pavitt, vice-directeur de la CIA, « l’Irak est le pays qui a la plus grande base d’espionnage Us depuis la guerre au Vietnam », avec environ 500-600 agents sur le terrain. Allaoui lui-même a depuis toujours été un agent de services qui ont collaboré avec Cia, M16, et Moukhabarat, dans l’élimination des ennemis du régime de Saddam Hussein.

 

Un ponte per Bagdad a toujours été opposé à l’occupation militaire. Pendant l’assaut de Falloujah en avril, il a coordonné des missions humanitaires dangereuses. Les forces militaires américaines avaient bloqué les routes d’accès à Falloujah et interdit l’accès aux journalistes, pendant qu’ils s’apprêtaient à punir toute la ville à cause de l’horrible exécution des quatre mercenaires de Blackwater. En août, quand les marines étasuniens ont donné l’assaut à Nadjaf, Un ponte per Bagdad était encore présent là où les forces d’occupation ne voulaient pas de témoins. Et la veille de leur enlèvement, Simona Torretta et Simona Pari avaient dit à Kubaisi qu’elles étaient en train de programmer une autre mission dangereuse à Falluja.

 

Pendant les huit jours suivants leur enlèvement, des appels pour leur libération sont parvenus de toutes les régions du monde et de toutes communautés religieuses et culturelles : le Djihad islamique, le Hezbollah, l’Association Internationale des étudiants islamiques et de nombreux groupes de la résistance irakienne ont condamné l’opération. Un groupe de la résistance intervenant depuis Falloujah a dit que l’enlèvement laisse penser à une liaison avec les forces d’espionnage internationales. Parmi toutes ces voix, pourtant, certaines se distinguaient par leur absence : celles de la Maison Blanche et du cabinet d’Allaoui. Aucun des deux n’a dit un seul mot sur l’enlèvement.

 

Voici ce que nous voulons faire savoir : si cet enlèvement finit dans le sang, Washington, Rome et le gouvernement irakien fantoche en profiteront pour justifier l’occupation brutale de l’Irak ; une occupation contre laquelle Simona Torretta, Simona Pari, Raad Ali Abdul Azziz et Mahnouz Bassam ont risqué leur vie. Pour s’opposer à cette occupation.

 

Et nous, nous ne serons pas étonnés si on découvrait que le plan était celui-là depuis le début.

 

(1) Un récit très détaillé de l’enlèvement des quatre opérateurs humanitaires, est dans l’article de Giuliana Sgrena de vendredi 24 septembre, il manifesto. On verra que plusieurs éléments sont différents de ceux qui sont rapportés ici par les auteurs, notamment sur l’identité possible des ravisseurs.

Voir aussi l’article de Mario Boccia, photographe collaborateur de il manifesto, présent au siège de l’association quelques jours plus tôt et mis en cause par le journal il riformista, comme cible initialement prévue par les ravisseurs . « Témoin, pas cible ».

(2) « les services secrets d’un gouvernement voisin » dans un entretien à Giuliana Sgrena.
 

Mise en ligne: 27/9/04, par Oulala.net

http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=1415

 

 

A lire :

Jacques Vergès

La démocratie à visage ordinaire

Le vrai catéchisme de George W . Bush

Ed. La Table Ronde

REVUE DE PRESSE (suite)

 

·        LES REBELLES IRAKIENS

    ETENDENT LE RESEAU DE LA RESISTANCE

 

Au cours du mois dernier, 2368 attaques ont été dirigées contre des cibles militaires dans un réseau qui inclut presque tous les centres urbains principaux, à l’exclusion du Kurdistan au nord, selon des informations compilées par une agence de sécurité privée à partir de ses propres informateurs et des sources du renseignement militaire auxquelles elle a accès.

 

L’extension géographique étonnante des attaques, des provinces de Ninive et Salaheddin dans le nord ouest, à Babylone et Diyala au centre et à Bassora dans le sud souligne la réalité d’une résistance plus large que les quelques poches isolées de résistance décrites par les officiels du gouvernement irakien.. La gamme des attaques passe par les voitures piégées, les bombes à retardement, le tir de grenades, de mortier, les grenades, les mines et les armes légères. « Si vous observez un incident, et vous le replacez sur la carte, vous découvrez qu’il ne s’agit pas de seulement quelques provinces » déclare Adam Collins, un expert en sécurité et le chef du renseignement en Irak pour le Special Operations Consulting-Security Management Group… (note : IHT expose des cartes sur l’extension de la résistance en page 8).

 

Mais aucune compilation de statistiques sur le nombre d’attaques ne peut donner la mesure de ce qui est peut-être l’équation politique la plus importante taraudant le premier ministre Iyad Allaoui et les militaires américains : quelle portion de l’Irak le gouvernement intérimaire contrôle –t-il ? Car  le  nombre d’attaques n’est pas probant : par exemple, leur nombre a baissé à Falloujah  récemment, mais la ville est aux mains des insurgés et est zone interdire aux militaires US et aux forces de sécurité irakiennes. Là, des élections ne pourraient être tenues qu’au prix d’une intervention politique et militaire dramatique….

 

A Bagdad, 3000 tirs de mortiers sont tombés depuis avril dernier. Au cours des 30 derniers jours, il y a eu 283 attaques à Ninive, 325 à Salaheddin, 332 dans le désert de la région d’Anbar, dans l’ouest, 124 à Diyala, 76 à Babylone, 13 à Wasit dans le centre. Même la tranquille province de Sulaimayia a connu une attaque. Il n’y a  pas eu une seule province sans une attaque pendant cette période….

 

International Herald Tribune, 30 septembre 2004

 

·        « AFGHANISATION» DE L’IRAK (archives 1991)

 

… Accuser M. Bush d’une gestion déplorable de l’après-guerre du Golfe ne sert plus à rien. La seule question est de savoir ce qu’il faut faire, ici et maintenant.

La mise au point d’un raid aérien punitif pour juguler les ambitions de Saddam et lui en faire payer une nouvelle fois le prix serait d’une efficacité très limitée – sauf si Saddam y laissait la vie, ce qui semble fort improbable.

 

La seule stratégie concevable est tout autre : dans l’utilisation des méthodes déjà éprouvées pour l’Afghanistan. En effet, dès après l’invasion soviétique dans ce pays, les Etats-Unis ont systématiquement mené une politique de soutien à la résistance afghane, suscitant une détérioration lente mais sûre du régime en place. Il serait possible d’agir de même contre le régime de Saddam en Irak en soutenant massivement les principaux intéressés : les rebelles chiites au sud et les Kurdes au nord.

 

En Afghanistan, la politique américaine a mis une bonne décennie à atteindre ses objectifs, avec l’appui d’envois d’armes massifs, de dollars et des opérations des services de renseignement américains. Saddam est une cible plus coriace, et c’est la raison pour laquelle le soutien à son opposition intérieure devra être assorti d’appoints militaires en tous genres et de manœuvres diplomatiques de grande envergure.

 

·          En premier lieu, les Etats-Unis prendraient l’initiative de grands procès pour les crimes contre l’humanité perpétrés par le « boucher de Bagdad ». Washington dispose à présent de suffisamment de preuves sur ce chef d’accusation pour rallier l’ensemble des pays occidentaux.

·          En deuxième lieu, il s’agirait de retirer au régime irakien sa légitimité en reconnaissant celle d’un gouvernement provisoire au Kurdistan irakien, formé par des dirigeants de l’opposition.

·          Enfin, il faudrait fournir aux rebelles kurdes et chiites tout l’arsenal naval et aérien qui les rendrait capable d’être à l’offensive et d’attaquer des cibles stratégiques irakiennes. Un renversement de tendance qui aurait un pouvoir d’ébranlement nettement plus efficace contre le régime irakien que de proférer des menaces – sans effet jusque là – d’éventuels raids punitifs.

Ce genre de politique exige beaucoup de temps et peut s’avérer ingrate à certains moments. De plus, elle n’est évidemment pas celle qu’un dirigeant américain préoccupé par sa réélection à la présidence peut envisager sereinement. Il est donc assez improbable que M. Bush parvienne, dans l’immédiat, à marquer des points contre l’Irak.  La seule initiative possible lui vaudrait au moins une reconnaissance d’estime de l’histoire – celle qui revient aujourd’hui à Jimmy Carter qui, pendant son seul et unique mandat, avait su donner l’élan nécessaire à la politique de son pays en Afghanistan. La victoire de la diplomatie et de l’aide américaine contre le communisme en Afghanistan devrait donc servir d’exemple à celui qui a tant voulu instaurer un « Nouvel ordre » du monde…  (Charles Krauthammer -  The Jerusalem Post, édition française, 12/8/92)

 

Charles Krauthammer collabore aux Etats-Unis à environ 200 journaux et magazines, dont le Washington Post et Time. Paraplégique depuis 1972, pro-israélien et anti-français, il est un des piliers du courant néo – conservateur. Dès 1991, il estime que l’effondrement de l’URSS donne aux Etats-Unis la possibilité d’étendre son hégémonie à l’ensemble du monde. Fini le multilatéralisme, dit-il, le moment est venu «de dicter sans honte les règles de l'ordre mondial et de se préparer à l'imposer de force» (Foreign Affairs, n°1, 1991, P. 33). « Si les Européens refusent de se sentir partie prenante de ce combat, très bien », écrit-il dans le Washington Post du 1 mars 2002, « S’ils préfèrent capituler, très bien. Nous les laisserons être nos maîtres d’hôtel, mais certainement pas nous lier les mains. ».

 

·        PROCES DU PRESIDENT SADDAM HUSSEIN

   ET DE SES COMPAGNONS (suite)

 

« Des centaines d'attaques sont lancées chaque mois contre les troupes US. Mais nous n'en sommes informés que si un Américain meurt …

 

La mise en scène de cette catastrophe en Irak fut très claire au "procès" de Saddam Hussein. Non seulement les militaires américains ont-ils censuré les cassettes de cet événement, non seulement ont-ils supprimé efficacement les parties sonores concernant les 11 autres accusés, mais encore les Américains ont-ils fait croire à Saddam Hussein - jusqu'à son arrivée au tribunal - qu'il était en route pour son exécution. Bien entendu, quand il est entré dans la salle il croyait que le juge était là pour le condamner à mort. Après tout, c'était ainsi que Saddam dirigeait ses propres tribunaux de sûreté. Pas étonnant qu'il ait eu l'air "désorienté" au début (selon la description originale de CNN), puisqu'il était, bien sûr, sensé avoir l'air comme ça. Nous avions tout fait pour. Ce qui explique pourquoi Saddam demanda au juge Juhi : "Etes-vous un avocat ? ... Est-ce que c'est un procès ?" Et immédiatement, réalisant qu'il s'agissait bien d'une première audience - et non des préliminaires à sa propre pendaison - il adopta une attitude belliqueuse…. ». (L’Irak  au  bord  de  l’explosion, par Robert Fisk - The Independent – 3/9/04 - Extrait)   http://www.paxhumana.info/article.php3?id_article=467

 

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Histoire :

COLONISATION DE LA PALESTINE

 

La révolte en Palestine

par Gabriel Péri  - L’Humanité 26  mai 1936

 

Depuis plus d’un mois- pour fixer une date depuis le 15 avril- la Palestine est en état de révolte ouverte ; Les manifestations et les échauffourées sanglantes s’y multiplient. Les dernières journées ont fait 36 morts dans la population arabe, dans la population juive et dans le  corps  britannique d’occupation. De nouveaux renforts de tanks et d’autos bondées ont été envoyés vers la Palestine.

 

Les évènements méritent de retenir l’attention et il est indispensable, à notre avis, de corriger les interprétations erronées qui peuvent surgir à leur propos. D’aucuns affirment volontiers que les troubles en Palestine ne sont, au demeurant, que le résultat de la propagande hitlérienne et des intrigues mussoliniennes. On nous permettra de ne pas souscrire à ce jugement. Que le fascisme hitlérien et le fascisme mussolinien s’efforcent d’utiliser sous les incidents de la   vie internationale et de les exploiter pour leurs  fins suspectes, nul ne saurait le contester. Mais on aurait tort de s’en tenir à ces données pour apprécier d’une façon correcte le mouvement palestinien.

 

Les Arabes se sont révoltés en 1929 alors que l’hitlérisme n’était pas au pouvoir et qu’aucune rivalité n’opposait la Grande Bretagne et l’Italie. La révolte palestinienne se rattache au mouvement général de rébellion qui agite tout le monde arabe, celui d’Egypte, et  de Syrie, comme celui de Palestine. 

 

Cette révolte était-elle justifiée ? Nous croyons qu’elle est parfaitement justifiée. Nous ajoutons qu’à notre avis o se trompe lourdement en l’assimilant à un mouvement antisémitique. L’antisémitisme nous est profondément odieux. Mais ce n’est pas contre les juifs considérés comme tels que se rebellent les Arabes. C’est contre une   forme d’exploitation imaginée et mise en train par l’impérialisme britannique.

 

Au fond, sous prétexte de foyer national juif, s’est organisée en Palestine une véritable spoliation des Arabes. La grande société sioniste Keren Hayessod est spécialisée dans ces spoliations. Profitant de l’absence de titre de propriété chez les fellahs et les bédouins, elle se met d’accord avec un féodal -Cheikh- arabe pour s’approprier des terres. Après quoi, elle avise les fellahs qu’ils doivent abandonner la terre sur laquelle leurs ancêtres ont peiné pendant des siècles. Si les fellahs n’obtempèrent pas, la société appelle à la rescousse les soldats britanniques.

 

Il y a mieux, une véritable chasse aux ouvriers arabes a été organisée par une autre organisation, l’Histadrouth. Chaque année, à la fête de la cueillette des oranges, de véritables expéditions punitives sont organisées par les troupes d’assaut sionistes sur les chantiers, dans les usines d’où les ouvriers arabes sont impitoyablement chassés.

 

Voilà comment le sionisme organise des pogroms à rebours. Les méthodes que nous mentionnons sont très exactement celles que l’hitlérisme emploie à l’égard des juifs en Allemagne.

 

Comment dans ces conditions, la population arabe ne s’insurgerait-elle pas avec vigueur ? Les chefs de cette révolte ont eu soin de répéter cent fois qu’ils n’entendaient pas donner dans l’antisémitisme. Ils veulent lutter contre l’impérialisme britannique et contre son allié le sionisme. Ils réclament l’arrêt de l’immigration juive passée de 80 000 en 1914 à 450 000 en 1935. Ce n’est pas là, quoi qu’on en dise, un mot d’ordre anti-juif. C’est dans  le respect du droit d’asile, c’est dans la solidarité internationale contre le fascisme, et non   pas dans la complicité avec une entreprise suspecte de spoliation, que nous entendons défendre la cause des juifs persécutés par l’hitlérisme.

 

Les Arabes réclament en outre l’interdiction de toute vente des terres arabes. Ils préconisent la constitution d’un gouvernement national arabe.

 

Ces revendications sont justes. Elles s’inspirent de la volonté d’un peuple de secouer une domination suffocante.

 

La cause des travailleurs juifs, pourchassés par les dictatures fascistes, n’est pas celle des expropriateurs des grandes sociétés  sionistes et de leurs troupes d’assaut. Elle se confond avec celle des opprimés de toutes couleurs et de toutes races qui ne veulent pas se laisser dépouiller.

 

(1)     Keren Hayessod : principal instrument financier de l’Agence juive, reçut entre 1934 et 1938 de la Lloyds Bank un montant total de prêts de 675000 livres sterling (NDLR) - (2) Histadrouth : organisation syndicale sioniste (NDLR).

 

Gabriel Péri, homme politique communiste et journaliste,

fusillé par les nazis le 15 décembre 1941

 après avoir refusé de signer une déclaration condamnant les « actes de terrorisme ».

 

 

 

 

 

 

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